UN PEU D’HISTOIRE
VOS GUIDES YAHYA ET MOKHTAR FONT PARTIS DE LA TRIBU DES NOUAJI
Les Nouaji tiennent leur nom de Sidi-Naji.
Il existe plusieurs versions de son histoire.
Version d’Abdallah :
« Sidi-Naji avait la réputation d’être un Saint.
Il fut capturé dans le désert par des hommes Aribi, de la tribu des Ouled Rizg.
Ces hommes cherchaient des gazelles, ils trouvèrent Sidi-Naji.
C’était un homme sauvage, il portait des cheveux longs et des peaux de bêtes, il vivait familièrement au milieu des gazelles.
On dut fabriquer un piège pour l’attraper.
Une fois capturé, on le ramena et on lui donna une femme de la tribu.
Or, on dit que les OuledRizg descendent du Prophète.
Sidi-Naji eut quatre fils avec la femme Ouled Rizg.
Ses quatre fils fondèrent les quatre sous fractions Nouaji suivantes :
Ouled Bayh, Ouled sidi Eich, Ouled Ba’Alla, Ouled Armane.
Sidi Eich n’était pas un marabout mais le plus intelligent des Nouaji.
SidiBayh était le marabout et le plus riche.
Ba’Alla était le plus fort. Il épousa une femme Reguibat, noire. »
Une autre version, toujours selon Abdallah, indique que Sidi Naji serait venu de Tunisie, après les Béni Maquil. Et qu’il aurait épousé une femme tunisienne de la descendance du Prophète, dont il aurait eu trois fils : Aziz, Bekri, Omar.
L’une et l’autre de ces hypothèses attribuent une origine chérifienne aux Nouaji.
C’est pourquoi les Nouaji n’aiment pas se définir comme Aribi.
Les Nouaji revendiquent d’être une tribu à part, indépendante, très considére et respectée par les autres tribus parce qu’ils sont les descendants de Sidi Naji et Chorfas.
VERSION DE CHEICH MOHAMED EL KHALIL
Aribi, chef de la tribu des Sidi Khalil, du Saint du même nom.
« Sidi Naji était un Aribi. Le fils aîné de Sidi Abdallah Ben Chiche, vivant dans le nord du Maroc.
Il vécu au milieu du 19éme siècle. Il était chérif. Il descendait d’Idriss 1er .
Il se déplaçait avec sa tente. Il n’avait pas de spécialité. Il ne fonda pas de zaouia3. Il descendait lui-même de la zaouia de Sidi Bab el Ghazi, à Rissani dans le Tafilalt.
Bab el Ghazi, dont il était le disciple, lui donna sa bénédiction et lui dit : ‘ tu seras comme moi, les gens viendront te rendre visite et tu seras un bon marabout pour ta tribu.
Ce n’est pas sidi Naji qui vivait avec les gazelles sauvages mais SidiKhalil.
On reconnaissait aisément les Noauji grâce à leur coiffure. Le crâne était rasé. Il ne restait qu’une petite touffe de cheveux sur le sommet du crâne. »
Version d’un très vieux Nouaji, le plus ancien de la tribu dans la région, appelé le « chibani » et qui récolte chaque année les offrandes pour le mossem :
« Les Nouaji ont pris le nom de leur Saint : Sidi Naji.
Avant, ils étaient de la tribu des Oulad Sidna El hassan. Ensuite, ils se sont appelés Ouled Sidna Jaffar. Ils descendent du fils de l’oncle du Prophète.
Sidi Naji a vécu il y a très longtemps.
Il a reçu son enseignement de Sidi Amara Cheikh, dans la vallée du draa. Sidi
Amara était Kounta5 . Il a formé en même temps Sidi naji et SidiBab el Ghazi, qui étaient comme des frères. Mais ils ont fini par se séparer. Sidi naji est resté tandisque que bab el Ghazi est mort au Tafilat.
Les relations d’amitié entre les deux tribus sont inchangées. Les Nouaji
respectent beaucoup les Oulad Bab el Ghazi.
Les Arib sont à l’origine une tribu fondée par les Ouled Rizg et les el Bouadin.
Ils nomadisaient entre l’Algérie et le Mali (Tombouctou). Leur installation à M’hamid remonte à trois siècles et demi environ. Une famille avait perdu son troupeau de chameaux. Elle partit à sa recherche et parvint ainsi jusqu’à l’oued Draa et le village de M’Hamy. Elle trouva que c’était un bon coin. Elle alla chercher d’autres familles et toutes s’installèrent là .
Les gens du village, les ksouriens, leur louèrent des terres de pâturage.
Mais quatre ans plus tard, des guerres se déclanchèrent, entre les Harratines (tribus sédentaires berbérophones, de peau noire, cultivant les palmeraies) et les arabes (nomades).
Les Arabes, dont les Aib (alliés aux Kounta) chassèrent les Harratines.
Le premier Nouaji connu en Mauritanie s’appelle Sidi Yahia.
Il y a une partie des Nouaji en Mauritanie, une autre au Mali, une autre en Algérie, une autre à Fez, certains sont du côté de Marrakech ou de Tineghir.
Quand on a attrapé Sidi Naji, il vivait avec des gazelles sauvages et les autruches. Les hommes ont saisi une branche d’acacia avec beaucoup d’épines et l’ont capturé par ses cheveux, très longs.
Il avait une très grande bénédiction. Parfois, des gens passaient à côté de lui sans le voir. Il devenait invisible. Les pauvres qui venaient au marabout voyaient leurs demandes acceptées par Allah.
Quiconque fait du mal aujourd’hui à un Nouaji, est certain d’avoir des problèmes. Parcequ’un Nouaji a la baraka (bénédiction) de son marabout.
Le tombeau de sidi Naji jouxte les ruines d’une kasbah, du nom de Bousnima, autrefois habitée par des Sanhajas et des kounta. »
VERSION D’ABDALLAH SUR BAB EL GHAZI :
« les Arib et les Nouaji ont toujours vécus au Sahara, il étaient nomades. Alors que les Ouled Bab el Ghaziont toujours vécus dans les villages. Ils étaient sédentaires.
Les Oulad Bab el Ghaz étaient réputés pour leurs connaissances sur le Coran. Alors les Nouai leur prenaient toujours un homme ou deux capables d’enseigner l’Islam aux enfants.
Les Nouaji ne prenaient ces personnes (fqîh )que chez les Ouled Bab et Ghazi. Ils leur offraient des cadeaux. Une partie de la récolte de dattes leur était réservée. »
Essai de synthèse
Parfois contradictoire, parfois semblables ou totalement dissemblables, toutes ces hypothèses sur l’origine des Nouaji méritent une réflexion plus large sur la question de la tribu.
Jacques Berque5, dans ‘Qu’est-ce qu’une tribu Nord-africaine’ souligne l’extrême variété d’origines que recouvre l’appellation tirée de l’ancêtre commun et révoque l’explication du lien tribal par le lien consanguin.
‘Le recours à un père éponyme n’apparaissait plus dès lors que comme une fiction. Un enchevêtrement infini de provenances se discernait au travers. On ne pouvait l’attribuer qu’à l’expansion initiale de souches mères projetant leurs surgeons de tous côtés’
‘soit l’on a recours à la fiction généalogique selon laquelle les fils essaiment loin du père, soit l’on a recours à l’explication historique, selon laquelle les groupes se disséminent’.
Toutes les versions recueillies sur l’origine des Nouaji oscillent entre ces deux attitudes selon que les hommes s’envisagent comme groupe fermé (vision non historique, quasi mythologique des origines) ou selon qu’ils aient à s’inscrire dans le temps et dans l’espace, donc de manière historique, par rapport à toutes les tribus du sud marocain.
Dans la légende généalogique des Nouaji, les deux systèmes coexistent.
A la fois, ils se disent Nouaji plus que Arib, rassemblés à un moment de l’histoire autour d’un saint personnage dès lors fondateur de tribu. C’est alors autour de cette figure que se construit la personnalité collective du groupe : être de tradition Nouaji ou ne pas être. Et à la fois, ils revendiquent d’être les descendants de l’ancêtre général, le Prophète Mohammed. Et, pour cela, ils sont prêts à toutes les interprétations, à toutes les affabulations historiques.
Ici, on voit bien, la recherche historique a ses limites. Mais comme l’a bien montré C.Levi-Strauss6, ce qui oppose l’histoire et l’ethnologie, c’est le point de vue. ‘L’histoire organise ses données par rapport à ses expressions conscientes, l’ethnologie par rapport aux conditions inconscientes de la vie sociale.’7
L’histoire c’est constituée en mythe, et c’est ici le mythe qui nous intéresse. Plus que le mythe en lui-même, ce qu’il met en jeu sur le plan social.
Fraction maraboutique de la confédération arabophone des ‘Arib’, grands nomades chameliers convoyant jadis les caravanes jusqu’à Tombouctou, les Nouaji sont aujourd'hui massivement sédentarisés au Maroc, autour des Oasis de Zagora et de Mhamid ( environ 400 familles). Un quart vit encore sous la tente, notamment dans l’anti-Atlas et le jbel Bani, pour faire de l’élevage de chèvres et de chameaux.. Les Nouaji sédentaires s’orientent vers le commerce, le tourisme, la majorité est recrutée par l’armée royale pour surveiller les zones frontières situées entre Mhamid et l’Algérie.
Les femmes portent la malahfa, grand voile de coton qu’elles rabattent sur leurs visages en présence d’étrangers. Les hommes sont vêtus de gandouras bleues ou blanches et coiffés de chèches.
Même sédentarisé ils continuent à faire l’élevage et dispose toujours d’une tente où entretenir leurs sociabilités et ne peuvent se résoudre à dormir dans les chambres.
De tradition frugale, ils se nourrissent essentiellement de lait, de dattes, de pain et de couscous d’orge. Leur consommation de viande est réduite aux exceptionnelles bombances des célébrations religieuses.
Les femmes ont gardé les rythmes de la vie du désert. Au camping-gaz, elles préfèrent faire la cuisine à la braise. Elles ont la charge de ramasser le bois mort. Quand le foyer ne dispose pas d’eau, elles chargent les mules de bidons pour aller au puits.
Accompagnées de leurs enfants, elles mènent le petit bétail au pâturage. Si elles disposent d’un jardin, elles cultivent le henné, les céréales et les légumes.
Les hommes surveillent les ouvriers agricoles chargés de l’irrigation et de la culture des palmiers.
Deux fois par semaines, ils vont au souk acheter sucre, thé, et objets manufacturés. Ils y font ‘la petite politique’, concluent des mariages…
Toute la vie familiale s’organise autour de cette division des tâches entre hommes et femmes. C’est un ordre social qui met en jeu l’honneur ou la honte.
Les Nouaji sont de tradition monogame mais les divorces sont fréquents.
Les enfants sont de plus en plus scolarisés en raison de la sédentarisation. Mais des que les filles sont en age de se marier, les parents les retirent de la vie publique.
Dès 1607, les sources historiques mentionnent qu’ils convoyaient des caravanes chargées de dattes, d’orge et de laine.
Les Nouaji étaient des médiateurs religieux chargés d’apaiser les conflits, le chapelet était, pour eux, préférable au fusil.
Réputés excellents éleveurs, ils disposaient de grands troupeaux de dromadaires.
Deux fois par an, à l’automne et au printemps, ils guidaient les caravanes des négociants du Tafilalet, du Drâa et d’Essaouira jusqu’à Taoudenni (mines de sel), Arawan et Tombouctou, d’où ils rapportaient du sel et des esclaves.
Tandis que les hommes guident les caravanes, les femmes filent la laine des dromadaires, tissent les tentes, tressent les cordes nécessaires au puisage de l’eau et à l’arrimage des marchandises et tannent le cuir pour faire des sandales.
AUJOURD’HUI
Actuellement la vie traditionnelle est menacée. Les camions ont remplacés les caravanes. Les cours de viande s’effondrent. La sécheresse décime les troupeaux et nécessite de les alimenter d’un complément très coûteux de luzerne et de dattes. Les frontières sont contrôlées.
Peut-être le tourisme est il la seule activité qui puisse faire perdurer cette activité nomadique. Les jeunes gens sont guides et chameliers sur les pistes de la tribu. Les parents relancent l’élevage des dromadaires et vivifient les anciennes relations sociales en employant d’autres Nouaji. Un campement peut faire vivre jusqu’à une trentaine de personnes.
Ainsi une vie communautaire se maintient, avec ses rituels, ses traditions et même ses innovations.
Grâce à ces méharées contemporaines, Les Nouaji reconquièrent un paradis perdu, l’âge d’or du grand nomadisme caravanier.
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